Les Migrants & Réfugiés (Depuis 2017)

Le récit de voyage de Briançon à Clavière, histoires de réfugiés et la lutte contre les mines d'or.

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Thème musical : Témoignage audio de Wenceslas Inspiration musicale liée à cette période de ma vie
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VOYAGE AU ROYAUME DES FRONTIÈRES ET APPEL A SOLIDARITÉ - Le Refuge Solidaire

Je suis partie cet été, à Briançon m’enquérir d’un autre type d’accueil des Réfugiés, celui des frontières. Briançon est situé à la croisée des passages des Migrants entre l’Italie et la France par le col de l’échelle ou Montgenèvre.

Je me suis présentée en premier lieu au « Refuge » géré par l’association « Refuges Solidaires ». La spécificité de cet accueil d’urgence, est de se situer après une frontière où les Réfugié(e)s, souvent coursés par la police se rendent compte que le gouvernement français ne veut pas les recevoir. Ils arrivent fatigués, parfois malades et blessés et presque toujours touchés psychologiquement par cette épreuve venant se rajouter à d’autres de leur vécu.

Jusqu’au printemps 2017, les Bénévoles hébergeaient chez eux ceux qui passaient la frontière. Mais devant l’afflux, 10 à 30 personnes par jour, jusqu’à 50 certains jours, la Communauté de communes du Briançonnais leur a mis à disposition une ancienne caserne pouvant recevoir en théorie 15 personnes. Seulement, le refuge en accueille souvent 80 et parfois jusqu’à 150, les Femmes et les enfants étant logé(e)s par le 115 ou dans un local paroissial qui accueille ponctuellement jusqu’à 20 personnes.

L’accueil de la population de Briançon réservé aux Réfugié(e)s est majoritairement bienveillant / il va de l’apport de matériel, vêtements, nourriture, au lavage du linge. Les bénévoles ont obtenus le lavage de la literie par l’hôpital, aide importante vu qu’un Réfugié reste en moyenne trois jours.

Avec l’aide de Médecins du Monde, les professionnels de santé et la direction de l’hôpital ont négocié une Permanence d’accès aux soins de santé (PASS) : tous les jours un bénévole conduit les Migrants qui ont besoin de soins à l’hôpital tandis que Médecins du Monde effectue des permanences semaine et week end et ponctuellement pour les petits maux. Quelques uns des malades ou blessés restent plus longtemps au refuge ou dans les familles quand ils ne sont pas hospitalisés.

Le local est équipé d’une cuisine quasi de collectivité, d’une buanderie, d’un bureau d’accueil, salle à manger et salle de séjour, plus 3 grands dortoirs où les lits se touchent. Les bénévoles sont très bien organisés, planifiés sur internet mais beaucoup viennent spontanément.

Nous avions pendant mon séjour, 80 personnes à chaque repas ; Trois femmes ne pouvant cuisiner à l’hôtel (où elles sont logées par le 115) venaient nous aider et aussi des hommes sollicités par la réunion hebdomadaire d’accueil. En effet en Italie, les Réfugié(e)s étaient servis par du personnel salarié d’état alors qu’ici au refuge, tous sont bénévoles.

Au cours de cette réunion hebdomadaire du 28 août, un Exilé plus ancien, reprend les consignes avec leurs mots à eux. Il a parlé à ses frères de ne pas « tenir le visage serré », d’oublier le vécu de la route et d’être aimable avec nous. Connaissant un peu les Africains lors de mes séjours prolongés en Afrique, j’ai rarement vu des Africains se comporter ainsi : ne pas sourire, ni rire, ni parler fort, ni s’interpeller, ni aller au devant des autres.

Tristes, ils sont dans leur bulle, répondant à peine à notre bonjour, j’ai eu du mal à entamer des discussions et encore moins des interviews comme je l’avais prévue. Beaucoup de ces hommes sont dans une grande souffrance psychique, en état de choc, et vue le peu de temps qu’ils restent, il est difficile d’entreprendre une nécessaire thérapie.

L’accueil administratif se fait dans un bureau à part : où un minimum de renseignements sont pris et détruits par la suite ; Le bénévole s’assure à ce que le Réfugié puisse être hébergé là où il veut aller, cherche à le dissuader de partir dans les grandes villes ; sauf que seules les grandes villes, chez nous, Marseille, reçoivent les demandes d’asile et de ce fait 400 jeunes y dorment à la rue, en attente des documents, pendant des mois. Le bénévole donne aussi au partant des documents à présenter pour ses droits face à la police et pour un avocat.

Si le Réfugié est mineur, le bénévole doit le retenir et l’accompagner au commissariat qui, après prise d’identité, le dirige sur l’ASE (aide sociale à l’enfance) de Gap : 50 % des réfugiés sont mineurs et beaucoup de Guinéens.

Nous devons même sortir acheter à deux pas, leurs billets de train, car la police risque de les arrêter ; Ils ne peuvent sortir seuls, nous devons les accompagner pour toute démarche et des fois, la police les prend même accompagnés et les renvoie au-delà de la frontière en Italie.

Au secours des Migrants dans les Alpes

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Le Refuge « Jésus » à Clavière et le passage de la montagne

Puis, j’ai voulu savoir comment les Exilés abordent la frontière dans la montagne : et j’ai pris le car pour Clavière de l’autre côté de la frontière italienne, pour les rencontrer au refuge « Jésus ».

Puisque maintenant la frontière de Vintimille leur est fermée, les Réfugié(e)s poursuivent en car en Italie jusqu’à Clavière avant la frontière et là se retrouvent au refuge « Jésus » pour se préparer au passage à pied et de nuit de la grande montagne. Clavière est une station de ski de luxe, tout au plus indifférente au drame se déroulant tout près, sinon hostile.

Dans la station de ski, pas de pharmacie, peu de soutien, seul un restaurant apporte un peu de nourriture, sinon le matériel et la nourriture viennent de la solidarité de Briançon. Le refuge « Jésus » se situe dans un local au sous-sol de l’église malgré la franche hostilité du curé. Le local est petit en rapport à tous les passants : une grande salle dortoir augmentée par des mezzanines dont une pour les Femmes, accueille environ 20 à 50 personnes. Une salle de séjour et à manger, coin cuisine. Ce jour là, des réfugié(e)s préparaient eux mêmes le repas sur un feu de bois à l’extérieur ; Une équipe de bénévoles Italiens et Français travaillent ensemble pour les taches domestiques avec les Exilé(e)s, mais assurent les gardes de nuit.

L’important pour aborder la haute montagne sont les conditions physique, psychique et aussi de bonnes chaussures. Un immense golf s’étend de Clavière jusqu’après la frontière française, en pente douce. Mais les Exilé(e)s ne peuvent y passer, ils s’aventurent de nuit dans la haute montagne avec le risque de se perdre, de glisser dans un ravin, surtout s’ils sont coursés par la police ou les identitaires (générations identitaires et fascistes).

Déjà 3 Migrants sont morts : • une jeune femme nigériane, prénommée Blessing, coursée par la police PAF s’est noyée dans la Durance le 7 mai, un bel enterrement et hommage lui ont été rendus. • un corps a été retrouvé à proximité du village des Alberts le 18/05. • un autre corps a été retrouvé dans un ravin à la fonte des neiges à Bardonneche le 25/05.

Puis le 21 avril 2018 « générations identitaires » ont bloqué le col de l’échelle avec une immense banderole prenant ainsi le relais de la police dans la chasse aux Réfugié(e)s.

A mon retour en car vers Briançon, la police PAF a contrôlé notre identité et m’a demandé ce que je venais faire en Italie ! Deux hommes en tenue de montagnards déblatéraient entre eux, contre les Migrants, accusant surtout les associations.

Avec les Migrants à l’épreuve des Alpes

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L'accueil à moyen et long terme : « Chez Marcel »

Un autre refuge à Briançon assure l’accueil à moyen et long terme : « Chez Marcel ».

Située un peu au dessus de Briançon, dans une vieille bâtisse vide suite à un problème de succession. Un jardin potager, quelques poules indiquent des projets de vie plus pérennes. Les Exilé(e)s organisent eux même leur quotidien, avec l’aide des bénévoles; Au début, les bénévoles aidaient à la constitution du dossier de demande d’asile, mais aujourd’hui, ils le délèguent à des spécialistes comme la CIMADE ; mais fournissent toujours aux Migrants des personnes ressources pour remplir par exemple, les papiers de la sécurité sociale. Ici les Réfugiés ont une demande d’asile en cours et peuvent circuler librement.

Mais l’attitude de l’inspecteur d’académie de Briançon de refus systématique d’inscription de tout élève non légalisé, rend très difficile l’accès des Migrants aux études et formations. Et le désir d’étudier, de se former est très fort chez les jeunes Migrants : Un très jeune Migrant m’a dit : « je suis venu à pied de Guinée pour aller à l’école »

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Entretien avec Michel Rousseau de Tous Migrants

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Histoires de Réfugiés : Récits de Libye, Casamance et Sierra Léone

J’ai noté plusieurs histoires relatées par des Réfugié(e)s :

Dans le premier « Refuge solidaire » discutant pendant l’épluchage des légumes avec les Femmes, elles disaient être restées 10, 7, 6 ans en Libye et pouvaient seulement exprimer par leur mimique l’indicibilité de leur histoire et par leur corps : elles étaient malades en attente de résultats médicaux; L’une d’entre elles, était enceinte et si triste ! Nous savons par ailleurs que les jeunes filles et les femmes en Libye sont enfermées dans des campements et tous les jours des hommes viennent les chercher pour les violer !

« Chez Jésus » : Des Sénégalais m’apprirent que la majorité de l’émigration sénégalaise provenait de Casamance pourtant si riche en agriculture et en pétrole, non seulement à cause de la répression anti indépendantiste Casamancé, encore existante et de la discrimination de l’état vis à vis des paysans.

Un jeune de Sierra Léone, me parla des enfants soldats et de la guerre dans son pays autour de la convoitise pour les diamants.

Le Récit d'Exil de A. (Réfugié Camerounais)

Avec les Réfugiés, nous effectuons un voyage en Afrique et dans l’histoire. « Chez Marcel », nous avons écouté la très longue et terrible histoire de A : A est un Réfugié politique Camerounais de 26 ans, déjà trop plein d’expériences. La conversation débute sur le fait que la police vole l’argent des Exilé(e)s en France comme ailleurs.

Il nous raconte comment en Algérie, il a su préserver son argent : Il y a 2 ans, il est parti du Cameroun vers le Maroc, d’où il était impossible de passer en Europe à ce moment là. Avec son compagnon Guinéen, ils se dirigent vers la frontière algérienne ; Là, des policiers algériens, toujours sous prétexte de drogue, les fouillèrent et voulurent prendre l’argent de A. Il a protesté avec calme, réclamant de voir les supérieurs ; Ces supérieurs lui rendirent son argent et les convoyèrent une partie du chemin vers Oran, (l’Algérie n’étant pas une porte de sortie « Frontex » vers la France, par contre les renvoie souvent dans le désert mourir). A Oran, ils travaillèrent pour acquérir l’argent du passage et tentèrent la Tunisie, mais ce pays là non plus, ne joue pas le rôle de passeur « frontex » de la méditerranée. Ils furent obligés de retourner en Algérie pour passer par la Libye.

Il semble selon beaucoup de récits que les Exilé(e)s sont canalisés sur la Libye que ce soit du Niger ou du Maghreb, pour servir d’esclaves enrichissant gratuitement des tribus de Bédouins. Un Exilé Algérien, ayant voyagé plusieurs fois en Libye affirme que ce pays était déjà en état de décomposition à l’assassinat de Kadafi. Kadafi avait réussi un développement social grâce à la rente pétrolière : les Africains, surtout Maliens témoignent de logements, santé, éducation gratuits, de travail bien rémunéré. En Libye, les prisonniers étaient plutôt des gens de l’opposition de droite. En effet, le peuple libyen est composé de tribus bédouines ne travaillant qu’au niveau du commandement. Certaines de ces tribus féodales étaient dans le commerce des esclaves depuis le temps de la Perse. Kadafi avait contenu et non éliminé le féodalisme et maintenant, ces tribus sévissent librement. Les Africains disent que Kadafi fut assassiné, parce qu’il voulait créer une monnaie africaine autre que le CFA et installer un satellite télévisé africain.

Ce long préambule situe le contexte dans lequel A et son compagnon entrent en Libye : A l’arrivée en Libye par Ghadamès, ils furent immédiatement emprisonnés, battus et parqués dans un camp. Des camions bennes amenaient les Réfugiés, avec femmes et enfants, dans un immense camp dans le désert, près de Tripoli. Les patrons bédouins venaient y choisir et acheter leurs esclaves, les amenant travailler sous la surveillance d’un sbire armé.

A, connaissant quelqu’un à Tripoli, lui et ses compagnons échappèrent à cet esclavage et furent convoyés sur la côte, vendus à des passeurs qui les enfermèrent dans des hangars pendant un mois. Là, les passeurs les torturèrent pour que la terreur de la torture soit plus forte que celle d’embarquer dans ces conditions suicidaires. Ils exigèrent que les Migrant(e)s leur remettent tout ce qu’ils possédaient y compris les grigri et bijoux de famille. Ils prenaient tout leur argent par la violence.

Au bout d’un mois, les passeurs embarquèrent 140 hommes et une femme dans un grand zodiac sans y monter eux mêmes. Ils étaient assis les uns sur les autres et la seule femme étouffait sous le poids des hommes. A réussit à la faire sortir du dessous. Un très jeune homme conduisait l’embarcation, ayant déjà au départ une voie d’eau, mais le pilote ne voulait pas faire demi tour, malgré les supplications des Réfugié(e)s. Plus tard, ils croisèrent des pirates qui ne trouvèrent rien à leur voler et leur indiquèrent une route plus à bâbord (droite) pour l’Italie.

L’eau rentrait de plus en plus dans le zodiac dont le plancher était fendu en deux, pliant le bateau. Le jeune homme arrivait quand même à piloter et fonçait. Selon A, à un moment où les gens étaient entièrement dans l’eau et voyaient la mort venir, les religieux de toutes confessions, chrétiens et musulmans se levèrent pour prier en commun : d’un coup, ils entendirent le bruit d’un avion au dessus d’eux et agitèrent leur tricots vers lui, le pilote les vit et partit chercher des secours.

Peu de temps après, deux navires marchands détournés sur le zodiac et arrivant chacun d’un côté, envoyèrent leurs chaloupes repêcher les hommes et la femme. Ils durent voyager encore deux jours pour atteindre Palerme en Italie, prouvant qu’ils étaient encore très près des côtes libyennes et que le plan des passeurs reposait seulement sur le secours en mer. Pour avoir secouru selon la loi de la montagne, ces hommes échappés de la mort en mer car secourus par la loi de la mer, des militants bénévoles de Briançon doivent passer au tribunal en novembre 2018. à Briançon le 31 août 2018 Maya Basila

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Documentaire : « Que cachent les mines d'or » (2018)

Ce film d'enquête est conçu comme une investigation pour dénoncer le travail des enfants dans les mines d'or, l'utilisation dévastatrice de produits chimiques, et le devenir géopolitique de l'or et du Franc CFA, démontrant la continuité du système colonial.

Cette mine a été choisie par mon partenaire Paul, originaire de Kampti en pays Lobi. J’ai visité la mine plusieurs fois avant d'obtenir l'autorisation de filmer avec Casimir, le frère de Paul. Sans lui, je n'aurais même pas pu entrer dans la mine en tant que femme et européenne.

Le but du film était d'encourager l'organisation des jeunes mineurs pour leur protection. Lors de la projection du film sur place, seules les femmes se sont déplacées, prêtes à s'organiser. Elles travaillent péniblement sur les tas de terre extraits, à la recherche du moindre éclat d'or.

Que cachent les mines d'or (Documentaire)

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